De sa création à sa nationalisation, le Canal de Suez a représenté et continue de représenter un pilier de l'économie égyptienne. Si on parlait souvent de l'ancien Canal de Suez inauguré en 1869, aujourd'hui, on parle de l'exploit historique du nouveau Canal de Suez, 4 ans déjà.
S'il est vrai que l'inauguration du nouveau Canal célèbre 4 années de ferme détermination à réaliser les grands objectifs, en réalité elle représente le début d'une nouvelle étape de travail national qui se base essentiellement sur l'investissement de cette artère vitale et importante dans la relance du processus de développement global dans ses deux dimensions économique et sociale. On peut dire que le nouveau Canal de Suez est l'expression la plus sincère de l'Egypte contemporaine qui a réussi à transformer les grandes peines en grands espoirs.
Il ne faut jamais nier que le creusement d'un nouveau Canal représente une grande épopée nationale qui s'ajoute aux belles épopées réalisées par le peuple égyptien. Aujourd'hui et quatre ans déjà, il a prouvé au monde entier que l'Egypte respecte ses engagements en réalisant le grand rêve de tous les Egyptiens après le noble combat auquel l'Egypte s'est engagée à accomplir en dépit des épreuves et des difficultés affrontées, pour annoncer avec fierté et confiance: «Je suis là et je suis toujours capable».
Pour de longues décennies, le Canal de Suez n'était qu'une voie navigable pour le commerce entre l'Orient et l'Occident. Une artère maritime creusée dans le sable et qui souffrait du manque de centres logistiques. Presque 30 navires y passaient et les gros navires n'y pouvaient pas passer.
Malgré toutes les tentatives de creusement et de création d'autres voies, les revenus ne dépassaient pas 1.9 milliard de dollars en 2000 avant de bondir à 5 milliards en 2013.
Les experts ont plusieurs fois mis l'accent sur l'absence de vision stratégique pour profiter de la zone économique entourant le Canal de Suez comme l'ont fait d'autres pays de leurs voies navigables.
Le mois d'août marque une mutation importante dans l'histoire contemporaine de l'Egypte et symbolise la victoire de la volonté égyptienne qui est parvenue à surmonter toutes les crises et les difficultés affrontées à une étape très critique de son action nationale.
Cette victoire est mise en relief par les faits et les chiffres qui révèlent que des travaux de creusement ont résulté de 250 millions de m3 et de dragage de 250 millions de m3 de sables imprégnés d'eau et c'est là un acquis historique sans précédent.
Il est important de signaler la participation sociétale – où la citoyenneté s'est illustrée dans sa plus belle image – et qui s'est concrétisée au moment où le Président Al-Sissi faisait exploser la barrière de poussière [le 5 août 2014] en présence d'une grande assistance, pour annoncer le début de creusement du nouveau Canal de Suez.
Avant 2014
Les experts et les analystes expliquent qu'avant 2014, il y a eu plusieurs tentatives de creusement, mais qui n'ont pas abouti et par conséquent la zone ne s'est pas transformée en une zone d'attraction des investissements.
L'expert économique, Mounir Al-Ganzoury, signale que la Zone Economique du Canal de Suez (SCZ), fait partie des mégaprojets décidés par le Président Sissi pour relancer le développement économique de l’Egypte. L’objectif ambitieux affiché par les autorités est de concentrer 30% de l’activité économique de l’Egypte, de générer 100 milliards de dollars de recettes annuelles pour l’Etat, créer 1 million d’emplois nouveaux, et d’accueillir deux millions de nouveaux résidents pour devenir une des sept plus grandes zones économiques mondiales à l’horizon 2035.
La SCZ doit compléter l’activité de l’Autorité du Canal de Suez (SCA) afin que le Canal ne soit plus uniquement une zone de transit mais une zone d’activité économique en concurrence avec des acteurs bien établis (comme Jebel Ali aux Emirats Arabes Unis, Tanger-Med au Maroc) ainsi qu’avec de nouveaux projets (King Abdullah Economic City en Arabie Saoudite). L’attrait principal de la SC Zone est sa localisation, sur un axe maritime qui joint trois continents et voit passer chaque année près de 10% du commerce mondial de marchandises (18.000 navires par an en moyenne). En vertu des accords de libre-échange signés par l’Egypte, elle offre un accès préférentiel à près de 1,8 Md de clients en Europe (accord d’association), en Asie (accord de libre-échange bilatéral avec la Turquie), dans le monde arabe (GAFTA et accords d’Agadir) et en Afrique (accord de fusion du COMESA, EAC et SADC signé en juin 2015).
Mais maintenant, de 50 à 70 navires environ passent après l'inauguration du nouveau Canal de Suez. Il est prévu que le nombre de navires qui y passeront atteignent 90 d'ici 2023.
Egalement avec ce projet une zone logistique a fait son apparition et des zones industrielles autour du Canal et les ports se sont développés à tel point que Port-Saïd a deux ports. Des ponts et des tunnels ont été construits pour lier le Sinaï aux autres gouvernorats. Après toutes ces chances, l'importance stratégique du Canal de Suez s'impose naturellement sur la carte mondiale.
Deux zones industrielles et portuaires au cœur du projet : Est Port-Saïd et Aïn Sokhna
Est Port-Saïd est un port en eau profonde à l’embouchure méditerranéenne du Canal. Le site n’abrite actuellement qu’un terminal-conteneurs opéré par Maersk (1500 porte-conteneurs par an) mais les infrastructures portuaires doivent être complétées par un deuxième terminal-conteneurs, un terminal roulier (RoRo) et un terminal vraquier pour lesquels des signatures sont attendues en 2019 et 2020. Le port doit accompagner le développement de l’activité du projet de zone industrielle de 75 km².
Cette zone industrielle doit être principalement portée par la zone industrielle russe (RIZ) pour laquelle un accord a été signé le 23 mai 2018 par les ministres de l’Industrie et du Commerce russe et égyptien. L'accord prévoit l’établissement d’une zone industrielle et résidentielle de 525 hectares avec un bail de 50 ans pour un investissement russe initial de 190 M USD pour la première phase (2019-2032) qui s’étendra sur une centaine d’hectares. Les investisseurs russes avec qui des négociations auraient été lancées opèrent dans le secteur de l’automobile, le matériel ferroviaire, le matériel agricole, la pharmaceutique et le numérique.
Au sud du Canal, la zone intégrée d’Ain Sokhna, bien plus vaste avec 210 km² doit accueillir des industries légères, moyennes et lourdes, des services dédiés au transport maritime et à l’industrie navale ainsi que des projets immobiliers touristiques. Le port, exploité par l’émirati DP World, doit notamment être doté d’un deuxième terminal-conteneurs, dont la construction par CHEC (China Harbour Engineering Company) a débuté en mai 2018.
Le développement de la zone d’Aïn Sokhna s’appuie sur le projet préexistant de zone industrielle chinoise de TEDA (Tianjin Economic-Technological Development Area), établie en 2012 et inscrite depuis dans la stratégie des Nouvelles Routes de la Soie. En 2017, près de 70 sociétés y étaient installées. On y trouve des acteurs de l’industrie de machinerie (comme le groupe Jaingsu Shepherd), des producteurs d’appareils électriques (West Power Company), une usine de fibres de verre (Jushi), ou encore des entreprises du secteur pétrolier (Sichuan Honghua). Les produits manufacturés dans la zone économique spéciale de TEDA sont majoritairement destinés à l'exportation.
L’autre projet phare de la zone d’Aïn Sokhna est celui du complexe pétrochimique Tahrir Petrochemicals Complex (11 Mds USD), premier projet pétrochimique privé d’Egypte, pour lequel un accord préliminaire a été signé en juin 2018 entre les sociétés Carbon Holdings (Egypte) et Bechtel (Etats-Unis). Ce projet doit représenter à terme un quart des exportations égyptiennes de produits pétrochimiques pour une production annuelle de 4 Mt. D’autres investisseurs locaux seraient également en discussion avec la SCZ pour le développement de la métallurgie (Egyptian Steel) et la production de matériel électrique (El Sewedy).
Des zones économiques et résidentielles intégrées
En complément de ces deux zones, deux zones industrielles spécialisées, West Qantara (agroalimentaire) et Est Ismaïlia (TIC et services commerciaux) sont également programmées. Quatre ports doivent également être modernisés afin de se spécialiser : Ouest Port-Saïd (activités de transbordement), Adabiya (terminaux vraquiers), Al-Tor (terminaux vraquiers) et Al-Arish (pêche et industries lourdes). Enfin, le projet plusieurs fois repoussé de création d’un port sec dans la ville du 10 Ramadan (nord-est du Caire mais intégré à la SCZ) doit permettre de créer un pivot logistique entre le nord du Canal de Suez – Nord Sinaï et la zone du grand Caire.
Le peuplement de la zone, s’il s’appuie sur les villes existantes sur la rive occidentale, Port-Saïd (600 000 hab), Ismaïlia (750 000 hab), Suez (500 000 hab) et Ain Sokhna (45 000 hab), doit également passer par la construction de deux villes nouvelles sur la rive orientale du Canal, Est Port-Saïd et New Ismaïlia (1 M d’habitants chacune à l’horizon 2030). La construction de logements et de bâtiments administratifs a déjà débuté à New Ismaïlia.
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